Il était une fois le cinéma

Questions à Philippe Lombard pour "Les Grandes gueules du cinéma français"

par Stéphanie Chermont
http://iletaitunefoislecinema.com/ novembre 2012


Les Grandes gueules du cinéma français est un livre de Philippe Lombard. Aussi passionnant que bien écrit, l'auteur s'attaque à quatre monstres de notre cinéma national avec analyse, drôlerie et dans un récit vivant. Retour sur l'ouvrage en quelques questions. 
 

Pourquoi avoir choisi ce titre, qu'est-ce qu'une grande gueule ?

C'était évidemment en référence aux Grandes gueules (1966) de Robert Enrico, ce « western français » avec Lino Ventura et Bourvil. C'est un synonyme de « star », en quelque sorte, mais j'aimais bien aussi la référence à l'aspect physique, car ces quatre hommes en imposaient par leur allure, leur visage, leur charisme.


Comment avez-vous sélectionné vos grandes gueules ? Pourquoi ces acteurs-là ?

Je trouve que Gabin, Ventura, Belmondo et Delon forment un groupe. Ils sont très différents et pourtant, ils ont quelque chose en commun. Il y a eu d'autres grandes stars en France, mais je ne pense pas que l'on puisse associer Bourvil, Montand, De Funès ou Depardieu à ce quatuor. En fait, cette sélection s'est imposée à moi naturellement. Il n'y a pas de calcul, je les aime depuis toujours, je collectionne leurs films que je connais (pour certains) par cœur.


Comment avez-vous travaillé, dressé le portrait de chaque acteur ?

Il ne s'agit pas de quatre biographies regroupées en un livre. L'idée était de raconter leur histoire commune. Et c'est une belle histoire d'amitié et de cinéma. Le livre débute en 1953, quand Gabin s'apprête à redevenir la grande vedette qu'il était avant-guerre, grâce à Touchez pas au grisbi (1954) de Jacques Becker. C'est une date charnière. Je ne reviens pas sur ses débuts mais j'explique où il en est. En revanche, quand j'évoque Ventura, je raconte ses origines, son parcours, car ce n'était pas prévu qu'il fasse du cinéma. Il vient de la lutte, du catch. Après, j'ai tracé un parallèle entre Belmondo et Delon, car ils éclatent au même moment, en mars 1960, l'un avec A bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1959), l'autre avec Plein soleil (René Clément, 1960).


Quels sont leurs points communs ? Comment forment-ils chacun une part de notre patrimoine cinématographique ?

Ils représentent la force, l'autorité, et puis ils se sont beaucoup illustrés dans les genres du policier, de l'action, de l'aventure. Mais surtout, ils sont authentiques. On n'a pas l'impression qu'ils jouent la comédie mais qu'ils sont eux-mêmes (ce qui n'est sûrement pas tout à fait vrai, d'ailleurs). Gabin a toujours le dernier mot, Ventura utilise son regard pour imposer le respect, Belmondo est extravagant de fantaisie et Delon est l'ange du Mal. Leurs films respectifs ou en commun sont aussi des témoignages de leur époque, sur la façon de parler, de se comporter, de s'habiller, mais aussi de picoler et de faire des braquages ! J'ai rencontré récemment en Normandie une association de fanatiques de Un singe en hiver (Henri Verneuil, 1962), qui connaissent les répliques du film par cœur. Vous vous rendez compte ? 50 ans après, ce film est toujours présent dans les mémoires, c'est merveilleux !


Avez-vous une grande gueule favorite ? Difficile ? Mais je suis sûre que vous allez me répondre...

J'ai un petit faible pour Belmondo. J'ai grandi avec ses films, Le Professionnel (Georges Lautner, 1981), L'As des as (Gérard Oury, 1982), Le Marginal (Jacques Deray, 1983)... J'avais ses affiches dans ma chambre. J'adore la joie qu'il a à jouer la comédie, à faire ses cascades, c'est communicatif. Quand je revois (pour la 34e fois) Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1974), je suis toujours bluffé de le voir sur le toit d'un métro ! Et je ris toujours autant aux répliques de L'Animal (Claude Zidi, 1977) ou aux situations du Magnifique (Philippe de Broca, 1973) .


Quelle serait parmi nos jeunes acteurs la grande gueule nouvelle génération ?

Je dirais Jean Dujardin, bien entendu. On a beaucoup dit qu'il était l'héritier de Belmondo. Je trouve que c'est très vrai, il a un charisme, une fantaisie, un poids, qui rappellent ces « grandes gueules ». Il n'a peut-être pas encore de « classiques » à son actif, même si les OSS 117 (2006 et 2009) et The Artist (2011) de Michel Hazanavicius vont certainement perdurer.


Les Grandes gueules du cinéma français de Philippe Lombard, Éditions
Express Roularta, en librairie depuis le 11 octobre.

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