TARANTINO, SERGIO, NERO, DJANGO AND CO

foutufourbi Par Le 02/01/2013 0

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"On m'a désigné comme le père du genre. Je n'ai eu que des enfants tarés !"

Sergio Leone

django-unchained-poster3-1.jpgC'est « la » scène-choc de Reservoir Dogs : au son de Stuck in the middle with you, Mr Blonde découpe gratuitement l'oreille d'un policier avec un rasoir et s'en amuse. Un morceau de bravoure qui révulse le spectateur par sa cruauté (même s'il est filmé hors-cadre) mais révèle la patte d'un cinéaste. Où Tarantino est-il allé chercher cela ? Peut-être bien dans Django de Sergio Corbucci, l'un des films-phares du western italien auquel il rend aujourd'hui ouvertement hommage avec Django Unchained. On y voyait un bandit mexicain trancher l'oreille d'un mouchard et la lui coller dans la bouche, provoquant l'hilarité générale de sa bande de brutes.

« Je me suis amusé comme un fou en tournant ces plans », confessera Corbucci, même si la scène a été censurée dans plusieurs pays (dont la France). « J'utilise toujours la violence pour faire de l'humour, j'adore l'humour noir. J’aime jouer de la violence sur les détails qui peuvent amuser les gens. La mort est une chose qui peut être comique. » De la même façon, Tarantino s'est amusé à faire sauter la tête du pauvre Marvin à l'arrière de la voiture de Jules Winfield dans Pulp Fiction ou à expédier hors-champs Laura Cayouette d'un coup de fusil dans Django Unchained. On comprend mieux pourquoi Sergio Corbucci fait partie des « special thanks » de Kill Bill Volume 2. Il est un de ses maîtres.

Lorsque le cinéaste italien se lance dans le western, il a déjà une solide expérience de réalisateur obtenue à la forcedjango-affiche-2.jpg du poignet dans une vingtaine de comédies et de péplums. Mais Massacre au grand canyon (1963), Le Justicier du Minnesota (1964) et Ringo au pistolet dor (1965), réalisés de façon classique, ne connaissent que des succès modestes. Corbucci écrit alors un scénario avec son frère Bruno, directement inspiré de Pour une poignée de dollars de Sergio Leone : un étranger arrive dans une ville où s’affrontent deux clans, celui du bandit pseudo-révolutionnaire Rodriguez et celui du ku-kux-klanesque major Jackson. L'homme (interprété par Franco Nero, le futur lieutenant Seblon de Querelle) est vêtu d'un uniforme nordiste et traîne derrière lui un mystérieux cercueil, dont il sort brusquement une mitrailleuse pour tuer une cinquantaine d'hommes dans la rue principale.

A cette scène outrancière s'ajoute d'autres types de sévices : fouettage, mutilations, humiliation dans la boue, pour finir par le cassage des mains de Django par des sabots de chevaux. « Qui n'a pas vu Django souffrir le martyre n'a rien vu du western made in Cinecittà, écrit Jean-François Giré dans sa bible, Il était une fois le western européen. Qui n'a pas vu Django tirer son cercueil dans les rues du village plombées de solitude et de désolation, a raté l'un des films les plus néo-réalistes du genre. La vision désespérée de l'Ouest qu'offre le film est l'antithèse absolue de celle qui a longtemps été magnifiée par Hollywood. »

3723623spbsq.jpgAdoré à l'époque par Jack Nicholson et Terence Young, Django conserve son aura tout au long des années. Le musée d'art moderne de New York en conserve une copie et Jimmy Cliff lui consacre une chanson. Selon Franco Nero, « Robert Rodriguez a repris beaucoup de choses de Django pour faire El Mariachi, Desperado et sa suite. Sam Raimi aussi est un gros fan du film, et il s'en est beaucoup inspiré lorsqu'il a fait Mort ou vif. » L'acteur fait un cameo dans Django Unchained et la chanson du générique composée par Luis Bacalov y a une place de choix. Mis à part cela, à l'instar de Inglourious Basterds présenté à l'origine comme un remake de Une poignée de salopards d'Enzo Castellari, le film ne doit pas grand-chose à son modèle, si ce n'est d'être dans une lignée d'enfants illégitimes revendiquant la même paternité. « J'aime beaucoup la présence du nom Django dans notre titre parce que je sais la place qu'il occupe dans la mythologie du western spaghetti, explique Tarantino. Il existe aussi toute une série de films – une quarantaine – qui n'ont aucun rapport avec Django et occupent une place à part dans l'histoire du western spaghetti. Je suis heureux de dire que nous sommes une nouvelle édition de ces suites n'ayant aucun rapport... »

Dès 1966, en effet, la Djangomania s'empare de l'Europe. On lui trouve un fils, on l'oppose au pistolero Sartana, on en fait un shérif, un bourreau... Terence Hill (acteur sérieux, alors) l'incarne dans Django prépare ton cercueil. Les distributeurs français n'ont aucun scrupule à transformer Bill il taciturno en Django le taciturne, et nous affirment que le héros ... ne prie pas, ...ne pardonne pas, … tire le premier, … porte sa croix, etc. En Autriche, c'est le même cirque, comme s'en souvient l'acteur oscarisé grâce à Tarantino Christoph Waltz : « Tous les westerns spaghettis qui sortaient au cinéma, jusqu'aux plus obscurs, comportaient toujours le nom « Django » dans leur titre allemand, même si aucun personnage ne portait ce nom dans l'intrigue ou dans l'histoire. Django était, pour ainsi dire, synonyme du genre. Si ce nom apparaissait dans le titre, tout le monde savait qu'il s'agissait d'un western spaghetti. »

Django Unchained est-il alors un western spaghetti ? Bien sûr, mais tous les films de Quentin Tarantino en sont, voyons !

En salles le 16 janvier.


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